LA GUERRE VUE PAR STANLEY KUBRICK

KUBRICK ET LA GUERRE




Depuis les Grecs le conflit est au cœur de l’art dramatique. Certains créateurs modernes (Antonioni, Wenders, …) l’ont écarté mais pas Stanley Kubrick qui en a fait le cœur de son cinéma. Dans la guerre, bien sur, mais aussi dans le couple, les rapports amoureux, la famille où le cinéaste y voit la poursuite de la guerre par d’autres moyens comme en témoignent Lolita et surtout la plupart de ses derniers films, Barry Lyndon, Shining, Eyes Wide Shut.

Dès son premier opus Fear and Desire réalisé à 25 ans avec des moyens réduits et qu’il a refusé de laisser projeter de son vivant, il imagine une guerre abstraite dans un no man’s land entre deux groupes de soldats interprétés par les mêmes comédiens. Fable maladroite au propos appuyé, il s’en déclare insatisfait tout comme du suivant le Baiser du tueur, les deux seuls de ses films réalisés d’après des scénarios originaux. Tout en affirmant encore plus fortement par la suite sa propre personnalité il ne tournera plus dès lors que des adaptations littéraires.

C’est Les sentiers de la gloire en 1957 qui lui assurera la notoriété. Dans le cadre de la première guerre mondiale, l’ennemi allemand n’est jamais représenté et le cinéaste s’attache à opposer le monde des généraux français vivant dans un château et celui de soldats croupissant dans les tranchées avant d’être jetés dans des combats sanglants et sans issue. Kubrick y analyse les manœuvres tortueuses des gradés attachés à leur avancement et le sort des fantassins dont trois d’entre eux seront fusillés pour l’exemple. En choisissant la Grande Guerre comme cadre de son action il annonce sa prédilection pour les périodes de crises historiques où le monde va basculer dans un ordre nouveau qui révèle néanmoins les mêmes pulsions destructrices.

La révolte des esclaves dans Spartacus témoigne du premier ébranlement qui va secouer l’Empire Romain. Docteur Folamour, farce tragique, marque l’arrivée de l’ère nucléaire avec l’équilibre de la terreur et la possibilité d’une apocalypse. 2001, l’Odyssée de l’espace signale les débuts de la conquête de l’espace avec en prologue la lutte meurtrière entre des singes pour la conquête d’un point d’eau puis les rapports feutrés et antagonistes des russes et des américains dans un contexte de guerre froide avant la révolte de la machine contre l’homme, nouveau docteur Frankenstein. Barry Lyndon et ses combats bien ordonnés évoque le crépuscule de la société du 18ème siècle qui débouche sur la Révolution Française, la terreur et la fin d’un monde. Full Metal Jacket livre la peinture implacable de la guerre du Vietnam, première défaite historique des Etats-Unis.

Marqué par Freud et son retour du refoulé, la vision de Kubrick est pessimiste et lucide, loin des théories de Rousseau sur la bonté naturelle de l’homme corrompu par la civilisation. Dans ses films, un mince vernis ne saurait protéger des pulsions de mort et d’agressivité qui habitent l’être humain. Il nous propose des récits en forme d’avertissements ou son scalpel découvre les lésions profondes de l’individu. Comme le 20ème siècle nous l’a appris, les progrès de l’intelligence, de la technique et de la science ne servent pas de remparts contre les génocides et les massacres de masse.

Michel Ciment


Assister à la master class donnée par Michel Ciment le Vendredi 2 octobre à 19h avant la projection de full metal jacket 



LES FILMS

FEAR AND DESIRE (1953) - États-unis

LES SENTIERS DE LA GLOIRE (1957) - États-unis

SPARTACUS (1960) - États-unis

DOCTEUR FOLAMOUR (1964) - États-unis/Royaume-Uni 

BARRY LYNDON (1975) - États-unis/Royaume-Uni

FULL METAL JACKET (1987) - États-unis/Royaume-Uni
 



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