SPORT ET GUERRE

 

En 2000, le grand écrivain américain Paul Auster rappelait dans un article combien l'histoire du football était liée à la guerre. Il constatait que : « Désormais, les nations [livraient] bataille sur les terrains de foot avec des armées en culotte courte » et écrivait qu'il avait compris en assistant à la Coupe du monde de football que  « les Européens avaient fini par trouver un substitut à la guerre ». Le sport serait donc selon Paul Auster « la continuation de la guerre par d'autres moyens », pour pasticher Clausewitz. 

Les choses n'ont pas toujours été si simples comme le montrent les films proposés dans notre focus. Entre les deux guerres, à la sortie de celle de 14 pour Les Chariots de feu de Hugh Hudson et quelques années avant celle de 40 pour Les Dieux du Stade, le film nazi de Leni Riefensthal, les Jeux Olympiques, respectivement ceux de 24 et de 36, exaspèrent les tensions politiques, raciales et même religieuses qui vont conduire aux atrocités de la Deuxième Guerre Mondiale. Le sport ne rapproche pas, il intensifie et met à jour ce qui finit par se régler par la guerre. La force physique est supplantée par la violence des armes. Dans Le Boxeur et la Mort de Peter Solan, très beau et méconnu film tchèque de 1962 qui se déroule dans un camp de concentration, et dans À nous la victoire (1981) de John Huston, le sport est un enjeu symbolique par lequel les nazis cherchent à asseoir définitivement leur victoire sur l'ennemi juif ou allié. Les Jeux Olympiques de 1972 ne sont plus pour les terroristes palestiniens de Septembre noir, à travers la prise d'otages de la délégation israélienne et son massacre, qu'un moyen de faire connaître leur cause. Le sport rime alors avec mort. C'est ce que raconte le film de Spielberg Munich qui suit les hommes du Mossad déterminés à venger en dehors de tout cadre juridique les victimes israéliennes. On peut se réjouir comme Paul Auster, qu'ait cessé, grâce au foot, les affrontements militaires entre nations européennes, mais on ne peut que regretter la réduction de plus en plus grande du sport mondialisé aux rivalités économiques, cette autre forme de guerre.

Olivier Broche

LES FILMS


LES DIEUX DU STADE
(1938), de Leni Riefenstahl - Allemagne

LE BOXEUR ET LA MORT
(1962), de Peter Solan - Slovaquie

A NOUS LA VICTOIRE
(1981), de John Huston - États-unis

LES CHARIOTS DE FEU
(1981), de Hugh Hudson - Royaume-Uni

MUNICH
(2006), de Steven Spielberg - États-Unis

INVICTUS
(2010), de Clint Eastwood - États-Unis

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